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Ordonnances Debré 2.0 : Et si on réinventait la collaboration médecins–ingénieurs ?
Voici un aperçu rapide des sujets abordés dans cette publication :
Article du Cercle Cardio-IA de la SFC | Janvier 2026
Guillaume Bailly, Jeremy Florence, Marc Villacèque, Stéphane Laffite

Les « ordonnances Debré » ont, à leur époque, créé un cadre qui a durablement structuré les CHU : un rapprochement fort entre soin, enseignement et recherche. Aujourd’hui, sans prétendre refaire l’histoire ni utiliser cette image au sens littéral, on peut se poser une question simple : quel serait l’équivalent contemporain pour organiser, enfin, une collaboration fluide et quotidienne entre médecins et ingénieurs ?
On aime raconter la médecine comme une affaire de savoirs, de gestes, de décisions. C’est vrai, mais ce n’est plus suffisant. En pratique, nos hôpitaux reposent sur des couches entières de technologies : imagerie, dispositifs médicaux, logiciels, IA, cybersécurité, biomatériaux, robotique, logistique, architecture des flux, données de santé. Les choix techniques deviennent progressivement des choix cliniques. Pourtant, l’organisation réelle du travail continue souvent à séparer les mondes : d’un côté le soin “au front”, de l’autre la conception, l’intégration, la maintenance et l’optimisation, trop souvent loin des services et loin des patients.
Ordonnances Debré 2.0 » : un basculement organisationnel
La force de la métaphore “Debré” n’est pas la nostalgie, mais l’idée d’un basculement organisationnel. Les ordonnances Debré ont symbolisé par le passé une décision structurante : créer des infrastructures qui rendent naturelle la coopération entre missions, plutôt que de compter sur la bonne volonté individuelle. Ce qui manque aujourd’hui, c’est un cadre aussi évident pour le binôme médecins–ingénieurs. Pas de énième comité, pas de énième projet “innovant” isolé, mais une doctrine claire et uniforme, et des lieux où la collaboration devient la norme. D’où la question provocante, au sens productif : et si on avait besoin d’“ordonnances Debré 2.0”, non pas pour refaire les CHU, mais pour les adapter au XXIᵉ siècle, entre numérique, dispositifs médicaux, IA, gouvernance et sécurité ?
Concrètement, une ordonnance “Debré 2.0” appliquée à la collaboration médecins–ingénieurs ressemblerait à une organisation qui reconnaît officiellement le temps et les rôles nécessaires pour travailler ensemble. La collaboration ne tient pas lorsqu’elle repose sur du “temps en plus” ou sur quelques personnes héroïques. Il faut des fonctions hybrides et reconnues, comme des ingénieurs intégrés au plus près des services, ou des médecins référents capables de porter l’intégration technologique et l’optimisation des parcours, avec du temps protégé pour l’amélioration des systèmes. Elle passerait aussi par des lieux physiques communs, parce qu’on collabore mieux quand on se croise sans cérémonie : espaces de prototypage, ateliers d’innovation clinique, simulation, test d’usage, et zones de travail partagées sur des projets ciblés.
De l’innovation ponctuelle à une collaboration infrastructurelle
Elle supposerait également une formation croisée minimale mais systématique. Il ne s’agit pas de transformer tout le monde en expert, mais de créer un socle commun. Les médecins gagneraient à mieux comprendre la science des données, la cybersécurité, les contraintes réglementaires et la manière d’évaluer une solution. Les ingénieurs gagneraient à être formés aux contraintes du soin réel, au risque clinique, aux parcours de soins et aux contraintes humaines. Enfin, aucune collaboration ne tient sans une gouvernance qui tranche et qui finance. Beaucoup d’initiatives échouent parce que personne n’arbitre, ou parce que personne ne paie. Il faut des circuits clairs : qui décide, selon quels critères, avec quel budget, dans quels délais, et comment mesurer l’impact.
Tout cela n’a de sens que si l’on remplace la culture du “coup d’innovation” par une culture de l’évaluation. L’hôpital n’a pas besoin de gadgets, mais de solutions ancrées dans le réel qui réduisent les délais, augmentent la sécurité, améliorent l’expérience des soignants et des patients, et restent fiables. Cela implique une évaluation forte en amont, des indicateurs, des retours terrain, des itérations rapides, et parfois la capacité d’arrêter un projet quand il ne fonctionne pas.
La conclusion est simple : la collaboration médecins–ingénieurs ne doit pas être un événement, elle doit être une infrastructure. Tant qu’on ne change pas le cadre, on continuera à dépendre de la bonne volonté et de l’énergie de quelques-uns, et dès qu’ils partent, tout retombe. La vraie question n’est pas “Comment mieux collaborer ?”, c’est « Que doit-on changer dans notre organisation pour que collaborer devienne le mode normal de fonctionnement ? ».
À propos du Cercle Cardio-IA
En 2024, le Cercle Cardio-IA de la SFC voit le jour afin de répondre à l’intérêt croissant de la communauté cardiologique pour l’intelligence artificielle et pallier le manque d’informations disponibles. En savoir plus
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Written by : SFC
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