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Hommage au Pr Eugene Braunwald

By Published On: 27/04/2026

La cardiologie vient de perdre l’une de ses figures les plus marquantes avec la disparition du Professeur Eugene Braunwald. Nous remercions chaleureusement le Professeur Gilles Montalescot d’avoir accepté, avec une grande réactivité, de lui rendre cet hommage que nous avons l’honneur de partager.

Une vie pour transformer la cardiologie

Par Gilles Montalescot (Hôpital Pitié-Salpêtrière)

Le Professeur Eugene Braunwald s’est éteint le 22 avril 2026, à l’âge de 96 ans. Avec lui disparaît sans doute la figure la plus considérable de la médecine cardiovasculaire moderne. Il incarnait la compréhension, le traitement et l’enseignement des maladies cardiovasculaires, au cours d’une très longue carrière rencontrant plusieurs générations de cardiologues.

Après des études brillantes à New York University, où il obtint son diplôme de médecine en 1952, Eugene Braunwald se forma en médecine interne au Johns Hopkins Hospital, puis rejoignit le National Heart Institute, futur National Heart, Lung, and Blood Institute. Après être passé par l’Université de Californie à San Diego, il rejoignit Harvard Medical School et le Brigham and Women’s Hospital à Boston, où il exerça pendant près d’un quart de siècle une influence décisive comme Chairman of Medicine et Fondateur du TIMI Study Group.

Ses contributions scientifiques ont marqué l’histoire de la cardiologie. Avec Andrew G. Morrow, il contribua à définir la cardiomyopathie hypertrophique comme une entité clinique et hémodynamique spécifique à une époque où l’échocardiographie et l’imagerie moderne n’existaient pas encore. Cela reposait sur l’observation clinique, l’hémodynamique et le raisonnement physiopathologique : regarder, mesurer, comprendre, puis transformer la connaissance en stratégie thérapeutique, en l’occurrence la myectomie septale chirurgicale (nous étions dans les années 60 !).

Son apport le plus fameux est sans doute lié à la compréhension de l’infarctus du myocarde à une époque où l’on considérait l’infarctus comme un événement irréversible. Il développa l’idée que la nécrose myocardique était un processus progressif dépendant du temps d’occlusion coronaire. Cette vision allait ouvrir la voie au concept de limitation de la taille de l’infarctus, à la reperfusion précoce, à la thrombolyse, puis à l’angioplastie primaire, avec son expression devenue universelle – Time is muscle.

En 1984, il fonda le groupe TIMI, Thrombolysis In Myocardial Infarction, qui allait profondément modifier la conduite des grands essais cliniques cardiovasculaires. Il est bon de rappeler que le premier essai TIMI avait randomisé seulement 316 patients entre rt-PA et streptokinase. Les essais cliniques suivant gagneraient rapidement en taille et sous son impulsion, TIMI devint l’un des modèles mondiaux de recherche clinique académique : hypothèses clairement énoncées, méthodologie rigoureuse, critères de jugement cliniques pertinents, organisation multicentrique puis internationale, orientation délibérée vers les interventions thérapeutiques plus que vers les stratégies, collaboration avec les industriels de la santé, capacité à transformer rapidement les recommandations et les pratiques. Les essais TIMI ont accompagné les grandes étapes de la prise en charge des syndromes coronaires aigus avant de s’étendre vers d’autres sphères de la cardiologie comme la prévention secondaire ou primaire, le diabète, la fibrillation auriculaire ou l’insuffisance cardiaque. Le modèle du groupe TIMI ne fut pas un phénomène isolé. Il appartint à cette génération pionnière qui transforma la recherche cardiovasculaire en une science clinique, et d’autres organisations de recherche académiques se développèrent en Amérique du Nord (DCRI à Duke, C5Research à la Cleveland Clinic, le CRF Clinical Trials Center à New York, Baim Institute à Boston, PHRI à McMaster) et plus rarement en Europe (GISSI en Italie, UCR en Suède ou ACTION group en France). Mais TIMI conserva une place singulière, celle d’une organisation née directement de la vision de E. Braunwald, structurée, rigoureuse et dont la longévité et le succès persistent au-delà de la personnalité de son créateur qui transmit la direction du groupe à M. Sabatine en 2011.

Sa descendance scientifique ne se limite pas à une école locale. Elle va des élèves et collaborateurs de Harvard et du Brigham – Elliott Antman, Marc Sabatine, David Morrow, Christopher Cannon, Robert Giugliano, Stephen Wiviott, Michelle O’Donoghue, Victor Dzau, Elizabeth Nabel, Thomas Lee, Harlan Krumholz – jusqu’aux grands partenaires internationaux des essais cardiovasculaires : Frans Van de Werf, Lars Wallentin, Keith Fox, Harvey White, Philip Aylward, pour ne citer que quelques-uns d’entre eux.

Les collaborations françaises occupent une place particulière dans cette histoire. À travers les grands essais internationaux, Eugene Braunwald travailla ou publia avec plusieurs des grandes figures de la cardiologie française. Citons parmi d’autres, Jean-Pierre Bassand, Philippe Gabriel Steg et Jean-Philippe Collet. À plusieurs reprises, les groupes TIMI et ACTION collaborèrent aussi via la formation de research fellows français partis à Boston, qui purent côtoyer E. Braunwald et les membres du TIMI group ; parmi eux Raphaëlle Dumaine ou plus récemment Victorien Montguillon. Les liens d’Eugene Braunwald avec la cardiologie française furent également nourris par ses venues aux Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie, comme lors des 11es Journées Européennes, en janvier 2001, ou il intervint sur la prévention cardiovasculaire, l’athérosclérose et les bénéfices des statines dans un pays qui montra malheureusement une certaine résistance à cette évidence scientifique.

Eugene Braunwald entretenait avec l’Europe un lien profond, bien au-delà de ses origines viennoises. Il fut une présence régulière dans les grands congrès internationaux, notamment ceux de l’European Society of Cardiology, où ses conférences remplissaient les salles. Son regard y était attendu, non seulement pour résumer le passé ou commenter les résultats récents, mais surtout pour dessiner ce qui devait suivre, avec sobriété et autorité naturelle. Ses passages en Europe ont marqué beaucoup d’entre nous mais je garde personnellement le souvenir d’une de ces rencontres à l’ESC 2012 à Munich. Après une session ou nous avions discuté de la persistance d’une génération excessive de thrombine après infarctus, nous avions pris ensemble un taxi accompagné d’Allan M Ross, autre pionnier de la reperfusion de l’infarctus. Eugene Braunwald regardant par la fenêtre, s’interrogeait me semble-t-il tristement, et avait réactivé sa mémoire de l’Europe quittée sous la menace nazie, Vienne en 1938, l’Angleterre, puis New York en 1939. Ce souvenir qu’il nous rappelait, donnait à sa trajectoire une profondeur particulière, celle d’un enfant sauvé par l’exil et devenu l’un des maîtres de la cardiologie mondiale.

Son influence fut aussi éditoriale et pédagogique. Fondateur de Heart Disease, devenu Braunwald’s Heart Disease, et éditeur de plusieurs éditions du Harrison’s Principles of Internal Medicine, il a contribué à structurer le langage même de la cardiologie moderne. Dans le monde entier, des générations d’internes et de jeunes médecins ont appris la cardiologie à travers ses chapitres, ses classifications, ses raisonnements et ses synthèses. Pour beaucoup, ouvrir le Braunwald fut une étape initiatique de leur formation cardiologique.

Les distinctions reçues au cours de sa carrière furent innombrables et son nom fut notamment donné à un prix de mentorship de l’AHA. Chez lui, le mentorat était rigoureux, sans complaisance mais toujours bienveillant. Il savait soutenir, orienter, discerner un talent encore hésitant. Sa fidélité aux personnes, lorsqu’elle était acquise, était profonde et durable.

Sa disparition marque la fin d’une époque, mais non la fin de son influence. Eugene Braunwald laisse derrière lui une œuvre, des livres, des essais, des concepts, des institutions mais surtout des élèves, une manière de penser la cardiologie : ne jamais séparer la science du patient, ne jamais oublier que la médecine progresse par la transmission autant que par la découverte.

La Société Française de Cardiologie veut saluer en lui non seulement l’un des géants de la médecine cardiovasculaire mondiale, mais aussi un Européen d’origine devenu citoyen scientifique du monde, dont l’œuvre a profondément marqué notre pratique quotidienne. Son héritage continuera de vivre dans les essais que nous concevons, les patients que nous traitons, les étudiants que nous formons en appliquant la rigueur et l’intégrité à notre travail pour approcher au plus près l’humanisme médical.

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